histoire d'un concours de nouvelles

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Tom Sawyer
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histoire d'un concours de nouvelles

Message par Tom Sawyer » 04 mars 2007, 22:01

Voici une histoire que j'avais proposée lors d'un concours de nouvelles. Malheureusement, elle n'avait pas gagné. Cela est sûrement dû au fait que l'histoire est trop autobiographique. Mais, le principal était de particier, car c'était ma première en tant qu'"écrivain". Bonne lecture ! :wink:

NEW YORK - 11 SEPTEMBRE 2006

Ça a commencé il y a dix minutes, ça fait plusieurs fois que je loupe l'évènement... Du moins, c’est que je pensais. Je m’étais trompé d’une heure avec le décalage horaire. Et, en réalité, il était 7h55, ce matin là. En ce 11 septembre 2006, New York s’apprêtait à commémorer les victimes des attentas de 2001.

Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis que j’avais posé les pieds sur Manhattan. C’était ma première fois à New York. Je logeais sur Amsterdam Avenue, dans une auberge de jeunesse dans Westside. Juché entre Broadway, Central Park et Harlem, le quartier était paisible. Seules les sirènes des voitures de police résonnaient au loin dans la nuit.

Lundi 11 septembre 2006. Ce matin, comme depuis trois jours, je descendais les quatre étages pour prendre mon petit déjeuner. Toujours accueillante, la femme hispanique, au comptoir, me servi mon croissant et mon jus d’orange pour quelques dollars. Je m’installais alors à une table à quelques mètres. Peu de monde était présent dans la salle ce matin. Le seul son qui me parvenait à l’oreille était celui de la radio. C’est à ce moment là que j’ai pris réellement conscience que nous étions le 11 septembre. La musique était triste et l’animateur, tressaillant, parlait avec une voix attristée. Et, bien que je ne sois pas anglophone, parfois il n’y a pas besoin de mots pour comprendre l’autre.

A l’extérieur, en ce mois de septembre, l’été indien faisait des siennes à New York. Heureusement, la chaleur étouffante de mon premier jour avait disparu. Mais, la couleur du ciel, d’un bleu limpide, rappelait cruellement 2001. A un bloc se trouvait la station de métro de la 103ème. Ainsi, comme au quotidien, je descendis dans cet antre où une chaleur humide régnait. A peine avais-je passé le portique, que des livreurs de journaux tendaient à chaque passant une édition du jour. Tout le monde en prenait et, je ne fis pas exception. A cet instant, le métro arriva dans un fracas assourdissant à tel point que certains se mettaient les mains sur les oreilles pour camoufler se son strident.
Dans le métro, l’ambiance était lourde et pesante. Un silence d’ange régnait à bord du wagon. Chacun se regardait sans se voir. Les visages étaient absents et graves. Au fur et à mesure que nous nous enfoncions vers le sud, la population se faisait de plus en plus rare dans le métro. Arrivé à mon terminus, la station Chambers Street, sortirent finalement que des hommes et des femmes d’affaires vêtus de costumes et de tailleurs. Chacun courait se précipitait vers la sortie. En remontant à la surface, j’étais alors à l’entrée de Downtown, le quartier des Affaires de New york. Je me suis alors dirigé sur mon plan et je suis parti en direction de Ground Zero.

Arrivé à une rue, une policière me demanda où je me rendais, si je faisais parti des familles des victimes. Je lui répondis que non. Elle me fit comprendre de partir ailleurs. Je pris donc une autre rue pour essayer de contourner les barrages, mis en place par la police. Je marchai ainsi dans un dédale de rues qui ne ressemblaient plus au quadrillage parfait de Midtown, formé par croisements de rues et d’avenues. Jusqu’alors entouré de grands immeubles, j’arrivai alors face à cet espace vide. Les rues, auparavant étroites débouchaient sur cette immensité. Soudain, je voyais le ciel. Tout autour de moi, se dressaient fièrement, anciens et nouveaux buildings. Le World Financial Center m’attirait littéralement. Les rayons du soleil matinal frappaient les façades claires, percés de milliers de fenêtres. Les édifices étaient surmontés de grandes verrières, qui ajoutaient à la majesté de l’ensemble. Un gigantesque drapeau aux couleurs des Etats-Unis avait été déroulé sur un des immeubles du complexe. Sur Vesey Street, à ma droite, était érigée la nouvelle tour, la numéro sept, toute en verre. Inaugurée il y a quelques mois, elle a remplacé, dès lors, le building du même numéro, de l’ancien complexe du World Trade Center. Et, à ma gauche se trouvait Saint Paul Chapel. Minuscule bâtisse à côté des immeubles, elle avait résisté à l’effondrement des tours, qui se trouvaient juste en face. Les gravas et la poussière avait, à l’époque, recouvert son cimetière et déraciné un arbre. Par miracle aucun vitrail n’avait été brisé…

On ne pouvait voir la « cicatrice ». Un grillage en faisait le tour. Je m’approchai alors de la station de métro World trade Center, sur Church Street, où la foule s’était rassemblée. Des cris de protestation : « no more ! » émanaient de certaines personnes. Je m’avançai vers le grillage. Des images des tours jumelles dépassant les nuages rappelaient le temps des fastes et de l’époque où elles dominaient la baie New York. Des photos de disparus, des fleurs, des messages tapissaient le treillage de fer. Des gens restaient fixer devant les plaques rappelant le nom des victimes. Les lunettes de soleil ne cachaient pas certaines larmes. Plus loin, c’est aux héros du vol 93 que l’on rendait hommage : un drapeau américain maintenu sur le sol par une rose et des bougies. On venait marqué quelques vers sur le symbole américain, pour dire qu’on les oubliait pas et qu’on les remerciait de leur héroïsme.

Ça et là, des simples haut-parleurs étaient disposés pour permettre à tout le monde d’écouter la cérémonie qui commençait. Comme pour chaque début d’évènement c’était l’hymne national américain, rassembleur de la patrie par excellence, qui était chanté, avant un retour à la sérénité. Soudain, une cloche retentie, rompant ainsi le silence des lieux. Il était 8h45 et cinq ans nous séparaient du début de l’effroyable journée du 11 septembre 2001. A cet instant, ma mémoire projeta devant moi l’image du premier avion venant heurter la tour nord, la tour numéro une : lumière vive et bruit assourdissant remplirent mon cerveau. Pourtant, en regardant devant moi, je ne voyais plus rien, du moins aucun building masquant les immeubles du World Financial Center, construis dans les années 80, au bord de l’Hudson River.
Dès lors, on commença à égrainer lentement le nom des milliers de victimes des attentas, qu’elles soient pompiers, policiers ou simples anonymes travaillant dans l’un des quelques cents étages que comptaient chacune des tours. A chaque nom, c’était un coup qu’on nous portait. A chaque nom, un poignard pénétrait notre cœur. A chaque nom, l’émotion gagnait en nous. A chaque nom, une larme remontait à nos yeux. A chaque nom, on pleurait. Chacun vivait le moment à sa manière : les mouchoirs portés à la bouche pour cacher sa douleur, les bras qui s’entouraient pour partager le chagrin, les lèvres qui tressaillaient pour combler les sentiments et les yeux rouges, larmoyants, pleurant pour évacuer la tristesse. Cette lente énumération en devenait insupportable. La gorge nouée, je sorti de cette foule en deuil pour marcher sans but réel, si ce n’est de fuir devant ces sentiments qui m’effraient, ceux de la souffrance et du chagrin. Pourquoi m’autoriserai-je à pleurer devant ce peuple qui, lui, a souffert, qui lui a été victime directe de ce massacre ?

Je décidai alors de m’éloigner tout en restant dans le quartier. Et, je me retrouvai à faire le tour de Ground Zero avec des centaines de personnes. Parfois, des passerelles enjambaient les rues. De ces hauteurs, une vue plongeante et terrifiante attirait notre regard : une foule sans fin qui descendait cette rampe, les conduisant dans ce trou profond et pourtant si lumineux. Une simple fleur, jeté dans un bassin, faisait office de recueillement.
Tout en continuant mon chemin, je venais à croiser des policiers et des pompiers, venus très nombreux pour cette journée. A peine le tour du site bouclée, une autre partie du grillage était consacré aux victimes de Washington et de Pennsylvanie. Les mêmes plaques que pour New York rappelaient un à un le nom de chaque disparu.
Je pris alors la décision de quitter la cérémonie. Les émotions étaient trop fortes. Je marcha alors jusqu’au soir.

Il était 18h00. La pénombre tombait déjà sur la ville. Les fenêtres s’illuminaient dans les immeubles de la pointe sud. Le quartier de Wall Street devenait de plus en plus calme. Seuls les pubs étaient éclairés et attiraient du monde. Quelques rues plus loin, je sortais du canyon formé par les buildings. Une silhouette que je reconnaissais apparu entre deux bâtiments : c’était le Brooklyn Bridge. Je m’apprêtais à le traverser. Les deux kilomètres de briques et de métal, surplombant l’East River, offraient un admirable point de vue sur Manhattan. L’entrée se situait près de la mairie. Une fois dessus, il suffisait de faire quelques dizaines de mètres sur le pont pour profiter du panorama.
Avant de contourner la première arche, je distinguais les lumières jaune, bleue et rouge de l’Empire State Building vers le nord ; couleurs différentes pour journée spéciale. En effet, en déplaçant mon regard, je les vis, au milieu des immeubles percés de mille lueurs, de Downtown. Deux lumières étaient projetées vers le ciel. En ce 11 septembre 2006, les « Twins » étaient de retour. Manhattan avait retrouvé, du moins quelques temps, sa skyline tant aimé.

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i_love_ny_92
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Message par i_love_ny_92 » 05 mars 2007, 18:40

C'est un très beau récit!!!

alex
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Message par alex » 05 mars 2007, 19:08

merci de nous l'avoir presenté :wink:

loreto
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Message par loreto » 06 mars 2007, 10:12

bravo Tom,merci de nous avoir fait partager ce moment.

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